Discours

La sécurité dans l'industrie de la pêche

Présentation pour le Conseil canadien des pêcheurs professionnels— assemblée générale
Kathy Fox, membre du Bureau
Bureau de la sécurité des transports du Canada
Vancouver (Colombie–Britannique)
Le 6 février 2012

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Le texte prononcé fait foi

Diapo 1 : Page titre

Bonjour. Je vous remercie d'avoir la chance de vous parler des façons d'améliorer la sécurité dans l'industrie de la pêche.

Comme vous le savez, le BST publiera son rapport d'enquête sur la sécurité dans l'industrie de la pêche au Canada ce printemps. Ce rapport discute de sujets d'actualité importants : la sécurité dans l'industrie de la pêche. Avant de poursuivre, je dois vous aviser que je ne suis pas en mesure de donner trop de détails aujourd'hui parce que la version finale de l'enquête sur les problèmes de sécurité, ou l'EPS n'est pas encore finalisée. Je vais vous faire part des renseignements que j'ai le droit de partager, mais je vais devoir aborder certains domaines ou sujets d'une manière plus générale. Ces sujets seront traités plus en détail lorsque l'enquête sera publiée.

Diapo 2 : BST 101

Je vais d'abord vous mettre en contexte. Le Bureau de la sécurité des transports, ou BST est une agence gouvernementale indépendante. Au BST, nous ne relevons pas du ministère des Transports ou du ministère des Pêches et Océans. Notre mandat est d'améliorer la sécurité des transports aériens, maritimes, ferroviaires et par pipeline en menant des enquêtes sur certains incidents reliés au transport, et en publiant des rapports sur ceux–ci au grand public. Notre objectif est de comprendre ce qui est arrivé, pourquoi et, si nécessaire, rédiger des recommandations pour éviter que l'événement en question ne se reproduise plus.

Par contre, malgré notre mandat, on « n'impose pas notre volonté ». On ne peut pas obliger le gouvernement ou une industrie à tenir compte de nos préoccupations, et on ne peut pas les forcer à mettre en vigueur les changements qu'on recommande. Nous sommes une agence d'enquêteurs, et non un organisme de réglementation.

Diapo 3 : Quelques statistiques

Depuis nos débuts en 1990, nous avons publié plus de 370 rapports d'enquête sur des accidents impliquant des bateaux de pêche, et élaboré 42 recommandations. Au cours des dernières années, une bonne partie de nos enquêtes sur le transport maritime ont impliqué des bateaux de pêche; leur nom vous sera peut–être familier :

De plus, en 2011, nous avons commencé trois nouvelles enquêtes d'accident de pêche, et nous venons d'en publier une autre.

Diapo 4 : Les (plus grands) problèmes

Chaque accident est différent parce que les circonstances sont toujours uniques. Au cours des années, nos enquêteurs remarquent des tendances problématiques qui, pourtant, ont été soulignées dans le passé :

J'aime cette photo parce qu'elle attire l'attention des gens. Les cages que l'on voit ici ne sont pas lourdes individuellement, mais on peut quand même identifier plusieurs facteurs potentiels de risque ici.

Si, par exemple, le bateau chavire à cause d'un problème de stabilité, nous nous penchons sur le problème de la stabilité. Cependant, il se peut que plusieurs facteurs contribuent à ce problème :

  • Quelles sont les connaissances de l'opérateur en matière de stabilité? A–t–il reçu une formation appropriée sur le sujet?
  • De quelle manière la formation en matière de sécurité a–t–elle été offerte?
  • L'équipage connaissait–il toute l'information portant sur la stabilité?
  • Le bateau a–t–il été modifié? Si oui, est–ce que quelqu'un était au courant?
  • Les risques en matière de stabilité ont–ils été négligés afin d'augmenter la rentabilité ou pour se conformer aux exigences de la gestion des ressources des pêches?
  • L'opérateur était–il fatigué?
  • Le matériel de sauvetage a–t–il fonctionné comme prévu?

Tous ces éléments sont interreliés et ils peuvent jouer un rôle dans l'accident.

Diapo 5 : Recommandations antérieures

Pour corriger ces problèmes, le BST soumet des recommandations, presque toujours à l'intention de Transports Canada. Parfois, les problèmes sont corrigés efficacement, mais des fois, les mesures entreprises pour éliminer les lacunes de sécurité ne sont pas suffisantes. Aujourd'hui encore, certaines de nos recommandations ne sont toujours pas mises en application.

Diapo 6 : Point de départ de la Liste de surveillance/EPS

Nous réévaluons toutes nos recommandations régulièrement, et, suite à cette étape, nous étions   préoccupés de constater que les statistiques ne s'étaient toujours pas améliorées. Par exemple, le nombre de pêcheurs et de bateaux de pêche a récemment diminué, mais le taux d'accidents mortels au Canada n'a pas diminué pour autant. En d'autres mots, malgré les efforts de la communauté pour sauver des vies, les risques qu'une personne meure d'un accident à bord d'un bateau de pêche sont les mêmes cette année que les années précédentes, soit environ un accident mortel par mois. On remarque une légère baisse en 2009–2010, mais selon les statisticiens du BST, elle n'est pas significative; elle correspond à la fluctuation normale observée d'une année à l'autre. En fait, il y a eu 11 morts en 2011, ce qui correspond encore à presque un accident mortel par mois.

Cette tendance nous a incités à mettre en place ce qu'on appelle une enquête de classe 4 — une EPS. Nous avons également ajouté ce problème de sécurité à notre Liste de surveillance, qui est un document qui énumère les neuf problèmes de transport représentant le plus grand risque pour la sécurité des Canadiens.

Diapo 7 : Processus de l'EPS

Maintenant, j'aimerais vous parler un peu de l'EPS :
Nous avons commencé en août 2009, suite à l'annonce de l'EPS et en réponse à un appel à l'aide provenant des membres de l'industrie de la pêche. La première étape, la collecte de données, comprenait des consultations auprès des pêcheurs partout au pays.

Des débreffages supplémentaires ont eu lieu avec d'autres membres de la communauté de pêcheurs afin de saisir les répercussions des observations que peuvent avoir les politiques et les procédures sur d'autres membres de la communauté de pêcheurs. Les questions posées étaient ouvertes, et nous demandions aux participants d'identifier :

  • la manière dont les pêcheurs reconnaissent, évaluent, appliquent et partagent l'information sur la sécurité;
  • les obstacles qui empêchent les pêcheurs d'appliquer les mesures en question;
  • les occasions qui se présentent aux membres actuels et futurs de la communauté de pêcheurs de promouvoir et appuyer les mesures de sécurité dans le cadre de bonnes pratiques maritimes.

Ensuite, nous avons analysé les transcriptions de toutes les consultations afin d'identifier les actions concrètes qui ont joué un rôle dans la sécurité sur les bateaux de pêche. En voici quelques–unes.


Diapo 8 : Processus de l'EPS (suite)

Nous avons identifié les actions ayant des répercussions négatives et positives. En fait, nous en avons identifié plus de 100. En voici quelques–unes.

Diapo 9 : Processus de l'EPS (suite)

Ainsi, à la fin de 2010, nous avons commencé l'étape de la « validation des données ». Le BST a examiné les recherches, les publications gouvernementales, les règlements, les réponses à ses recommandations et l'analyse documentaire afin de mieux comprendre le contexte des actions identifiées ayant influencé la sécurité. Nous avons consulté des experts en la matière afin de comprendre les plans de gestion de la pêche, les détails entourant la pêche, et les programmes de formation. Lorsqu'il était possible de le faire, nous avons analysé les données des rapports d'accidents du BST afin de mieux évaluer la prévalence des actions qui affectent la sécurité.

Suite à la validation des données, nous avons classé les actions dans dix différentes catégories de problèmes de sécurité. Nous avons ensuite attribué un objectif de sécurité pour chaque problème. On a évalué l'importance des pratiques de pêche, et les politiques et procédures de la communauté des pêcheurs ayant contribué ou empêché l'atteinte de cet objectif. Le cas échéant, nous avons cerné les lacunes nécessitant d'autres mesures de sécurité, tant sur le plan de la pratique qu'au niveau des politiques et procédures de la communauté.

Diapo 10 : Ce que nous avons appris

Au cours de nos recherches, nous sommes arrivés à la conclusion suivante : aucun de ces dix problèmes n'existe en soi. Ainsi, un accident n'est presque jamais causé par un seul facteur isolé. Tout est interrelié.

Avant, le BST et la communauté des pêcheurs identifiaient souvent un problème à la fois, en l'isolant du reste. Aujourd'hui, nous savons qu'un accident est un événement complexe, et que nous devons comprendre tous les aspects reliés. Par ailleurs, nous savons que la communauté des pêcheurs est complexe, et que les actions d'un de ses membres peuvent entraîner des réactions chez les autres membres.

Cela dit, il y a aussi de bonnes nouvelles. Des mesures sont mises en application et on constate des progrès au niveau de la sécurité dans l'industrie de la pêche lorsqu'une partie concernée prend l'initiative et, en collaborant avec d'autres, les pêcheurs sont impliqués dans le processus.

Diapo 11 : Quelles sont les prochaines étapes?

Les consultations ont suscité beaucoup d'intérêts, ce qui explique qu'il y a eu environ 600 commentaires! L'industrie a accueilli favorablement le besoin de mesures de sécurité, ce qui ne peut qu'améliorer ce rapport.

Présentement, nous finalisons toutes mesures de sécurité requises pour combler les lacunes identifiées, ainsi que les meilleures façons de sensibiliser la communauté. Encore une fois, nous comptons sur vous, les pêcheurs, pour diffuser l'information portant sur la sécurité.

Diapo 12 : Prochaines mesures

J'aimerais parler brièvement de ce que vous pouvez vous attendre du rapport. Au risque de me répéter, je ne peux pas fournir trop de détails, pas avant que le rapport soit rendu public.

Oui, le rapport va contenir fort probablement quelques suggestions pour les mesures futures. (Il peut y avoir une recommandation officielle du Bureau, mais il est trop tôt pour le dire.) Ces problèmes ne disparaîtront pas. Des mesures doivent donc être prises pour trouver une solution. Les règlements ne suffisent pas. Les efforts concertés de prise de décision doivent trouver un consensus et être transparents pour toutes les parties concernées. Grâce à l'identification, l'adoption et la promotion de procédures et pratiques opérationnelles sécuritaires, la communauté des pêcheurs doit travailler ensemble pour améliorer la formation et la sensibilisation à l'intérieur d'un cadre réglementaire. En appliquant ces mesures de façon concertée, nous serons en mesure de changer la culture de l'industrie en matière de sécurité, et d'améliorer la sécurité de tous ceux qui gagnent leur vie en mer.

Diapo 13 : Conclusions

Le rapport sera publié ce printemps, et ceux qui ont vu l'ébauche du rapport peuvent confirmer ceci : il n'y a pas de surprises entourant les problèmes identifiés. Plusieurs de ces problèmes sont connus depuis longtemps dans l'industrie de la pêche :

Cependant, certains problèmes ont été analysés de façon beaucoup plus détaillée dans ce rapport que dans le passé.

Par ailleurs, on se rend compte de la complexité de l'industrie de la pêche qui comprend : l'environnement de la communauté des pêcheurs, les deux paliers de gouvernement (fédéral et provincial), les associations de l'industrie, les fournisseurs de service, les familles, les formateurs, les préparateurs, et les pêcheurs eux–mêmes. Tout le monde doit travailler ensemble afin de résoudre ces enjeux. Heureusement, l'industrie semble bien accueillir cette idée. Ainsi, chaque mesure de sécurité qu'adoptera l'industrie et chaque recommandation que proposera le BST devront être traitées de façon coordonnée par toutes les parties concernées ici présentes. Merci.

Diapo 14 : Mot symbole Canada